Nous, les adultes, craignons trop souvent les émotions. Nous avons peur qu’elles ne nous submergent si nous leur entrouvrons la porte. Alors, nous avons appris à essayer de les ignorer, à les refouler, et même à leur tordre le cou !

Nous les cachons, à tel point que nous n’en sommes même plus conscients parfois. Il nous en reste juste un sentiment de malaise diffus. Nous allons voir l’importance d’écouter leurs messages et de les prendre en compte parce qu’elles sont :

  • vitales
  • profondément humaines
  • jamais “négatives”

1 – Politiquement incorrectes ?

On apprend déjà aux enfants à réprimer leurs émotions, à en avoir honte : ce sont « les bébés » qui pleurent, ou « les filles » !!! Les colères sont des « caprices », les tristesses des «enfantillages».

On voit ainsi amalgamés tous ces éléments que notre société ne respecte guère, qu’elle méprise encore trop : la sensibilité (appelée sensiblerie), l’enfance et le féminin.

Montrer ses émotions est un aveu de faiblesse dans une société qui a le culte du pouvoir et du contrôle.

2 – Les émotions sont pourtant vitales

Les émotions sont la manifestation physique des pensées, du mental :

ᐅ Ayez des pensées combatives et votre corps se prépare à la lutte; c’est la colère.
ᐅ Rappelez-vous un souvenir éprouvant ou émouvant et les larmes apparaissent dénotant la tristesse.
ᐅ Sentez-vous menacé et votre corps se contracte sous l’effet de la peur.
ᐅ Admirez un magnifique paysage et sentez votre corps se détendre ; vous voilà rempli de joie, etc.

Elles ont un rôle important d’indicateurs

Quand on les ignore ou les réprime trop souvent, on finit par risquer la panne ! Tout devient en tout cas difficile, lourd, pesant sans que nous sachions pourquoi.

ᐅ C’est le fait de lutter contre nous-même, qui nous épuise.

Nous pouvons alors être à fleur de peau. Peut-être que nous crierons sur nos enfants ou notre conjoint… Nous nous sentirons victimes et nous deviendrons agresseurs.

Les émotions sont et engendrent des manifestations physiques, et en tant que
telles, agissent véritablement sur le corps, sur ses cellules, sur sa biochimie.

ᐅ Refoulées trop longtemps, elles finissent par créer la maladie ou la dépression.

émotions d'un parent

3 – Tellement humaines !

Elles font partie de la richesse de notre humanité.

Il n’est pas question de les laisser nous submerger (ce qu’elles font surtout quand on les a trop longtemps cachées sous le tapis), mais de les accueillir et de leur laisser jouer leur rôle.

Le droit de pleurer

Elles sont indissociables de notre sensibilité et de notre relation au monde qui nous entoure. Elles ont mille nuances, elles sont comme les couleurs de la vie.

ᐅ Donnez-vous le droit d’avoir des émotions ! Aucune n’est taboue.

Vous avez envie de pleurer, offrez l’espace et le temps nécessaires à votre tristesse. Pleurer librement peut tellement apaiser !

Et si vous voyez quelqu’un (votre enfant en particulier), pleurer, autorisez-le à le faire. On peut avoir tendance à vouloir consoler, à interroger, à donner des conseils.

On voudrait en tout cas que cette démonstration émotive cesse le plus vite possible, parce que ça met mal à l’aise, parce qu’on ne sait pas quoi en faire.

Et s’il n’y avait justement rien à faire, juste à être, présent, silencieux, connecté, en empathie, que ce soit envers soi-même ou envers celui qui vit l’émotion devant nous.

enfant en pleurs

Évacuer la tension

Je vous invite donc à développer de plus en plus de confiance et à aller plus facilement et plus profondément dans vos émotions, à leur laisser toute la place dont elles ont besoin.

Vous répondez ainsi à un des besoins physiques de base, celui d’évacuer la tension.
Par les pleurs, les cris, par le rire aussi. L’émotion à qui on laisse jouer son rôle, va nous aider ensuite à avoir une vision plus claire, comme désembuée. Notre réponse a ainsi toutes les chances d’être adaptée à une situation donnée.

4 – Négative la colère ?

S’il est une émotion particulièrement mal-aimée, c’est bien celle-là.

Qu’est-ce que la colère ?

C’est un état émotionnel qui peut ressembler à un tsunami… Comme toute émotion, elle se manifeste au niveau du corps : la respiration se fait plus rapide, le cœur s’emballe, le taux d’adrénaline augmente…

Colère n’est pas violence

On peut percevoir la colère comme un manque de contrôle ou même comme de la violence quand elle se manifeste chez l’adulte.

Peut-être refusez-vous l’idée même d’être en colère (on a déjà vu précédemment cette propension à nier ses émotions de l’homme occidental).

ᐅ Rappelez-vous qu’une émotion retenue peut être aussi toxique qu’un poison.

Extériorisez vos émotions quelles qu’elles soient ! Il est possible de le faire sans nuire ni à soi-même, ni à autrui.

Vous vous rendrez service en acceptant d’assouvir votre besoin de crier, taper, hurler.

Si ça n’est pas possible chez vous, sans ameuter les voisins, allez dans un lieu isolé, dans un bois par exemple.

On peut aussi :

  • hurler silencieusement et frapper dans un coussin
  • donner des coups dans le vide
  • faire des pompes
  • sauter sur place
  • crier dans un oreiller
  • serrer très fort un objet mou dans vos mains (ex.une balle anti-stress)
  • hurler ou chanter à tue-tête dans sa voiture
  • aller courir
  • danser
  • pleurer

ᐅ Pour évacuer vos émotions efficacement, vivez-les pleinement en mettant votre corps et votre respiration en mouvement. Cette extériorisation peut être très courte (parfois quelques minutes suffisent) ou plus longue mais elle ne doit pas être douloureuse (taper si fort qu’on se blesse par exemple). Trouvez le maximum d’intensité qui reste agréable.

ᐅ Donnez vous le temps dont vous avez besoin. C’est comme une douche émotionnelle qui permet de se délester d’un poids et ainsi se sentir plus léger et serein. Toute émotion est aussi une vague sur laquelle surfer, et plus vous apprendrez à le faire plus ça deviendra facile et jouissif.

L’enfant en colère

La colère peut nous traverser à tout âge. Elle apparaît chez le tout jeune enfant avec des pics lorsque l’enfant commence à marcher et qu’il se découvre un être à part entière avec ses propres envies… et jusqu’à 4 ans au moins. Ensuite, il commence à s’exprimer davantage par la parole, à accepter d’être raisonné par des mots.

ᐅ L’enfant peut nous enseigner sur la gestion des émotions ! Il passe facilement d’une émotion à l’autre et c’est une qualité.

Pensez à l’enfant qui s’énerve parce qu’il n’arrive pas à attraper un objet par exemple: il peut crier très fort, et même taper, mais sans se faire mal et pas contre quelqu’un d’autre.

Une fois l’émotion libérée (ça peut ne prendre que 30 secondes), il reviendra aux émotions qui lui sont naturelles : la joie, l’envie de jouer et d’explorer.

Cela lui évite de rester englué ou d’être blessé par l’émotion.

C’est souvent l’adulte qui s’appesantit sur elle et en fait un problème.

ᐅ En refusant l’émotion, en en faisant une ennemie à dissimuler ou à combattre, on la fige et on en devient prisonnier.

En l’accueillant au contraire avec bienveillance, voire en l’encourageant, on aide ainsi l’enfant à lâcher ses tensions sous forme de sons, de cris, de « gesticulations ».

À toute période de la vie, les moments de colère sont “normaux”.
Et un enfant qui fait une colère, n’est pas “mal élevé” !

ᐅ N’oublions jamais que l’enfant a plus de mal à gérer la frustration que l’adulte.
ᐅ Évitons de classer les émotions comme “positives” ou “négatives”.
ᐅ Comme toute émotion, la colère est un signal qui nous est envoyé, écoutons son message !
ᐅ Pour l’enfant, c’est aussi une étape dans la construction de soi. Elle lui permet de s’affirmer.
ᐅ N’ayons pas peur ou honte de la colère, accueillons-la calmement et laissons la passer…

Les émotions : en conclusion

Notre absence d’hygiène émotionnelle nous rend malade aussi sûrement que l’absorption quotidienne de poisons.

Une émotion emprisonnée dans notre corps peut devenir extrêmement toxique. Elle peut générer des troubles de santé à court terme, mais aussi à long terme.

Les petits enfants (quelle que soit leur culture, jusqu’à 1 an ½ ou 2 ans), de même que les animaux sauvages, sont d’incroyables enseignants en extériorisation des émotions. Ils savent libérer rapidement, pleinement, sans douleur et sans jugement les excès d’émotions qu’ils ne peuvent pas retenir.

ᐅ Nous aussi, nous avons eu cette sagesse au tout début de notre existence, mais avons progressivement mis de côté cette capacité naturelle.Et ce qui est génial, c’est qu’en prêtant attention à vos émotions, vous allez aussi apprendre à vos enfants à apprivoiser les leurs.

Et vous le savez sans doute, quand les parents sont zens, qu’ils « vibrent haut » dans des émotions d’amour et de compassion, les enfants s’alignent ! C’est la contagion émotionnelle dans le bon sens…

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