Vous passez l’après-midi à la maison avec votre enfant, appelons-le Paul. Vous avez des tas de choses à faire, mais à peine êtes-vous plongé dans une tâche qui nécessite toute votre concentration, que Paul vient vous tirer par la manche et vous annonce qu’il ne sait pas quoi faire. Plusieurs hypothèses se présentent :

  1. Vous lui répondez que vous ne comprenez pas qu’il s’ennuie avec le nombre de jouets qu’il possède…
  2. Vous lui suggérez de jouer avec le dernier jouet qui lui a été offert et qu’il aime tant
  3. Vous vous déplacez avec lui dans sa chambre/ la salle de jeu et lui demandez de choisir un jouet. Comme il semble ne pas savoir quoi prendre, vous lui faites des propositions, sans grand succès

Résultat, Paul a boudé, pleurniché, peut-être fait une colère et vous n’avez pas réussi à travailler comme prévu, vous vous êtes énervé.

  • Vous pourrez tenter de résoudre le problème par l’achat d’un jouet supplémentaire.
  • Ou vous choisirez d’inscrire Paul à une activité de plus le mercredi.

Il y a de fortes chances pour qu’il continue à s’ennuyer à la maison et de ne pas savoir s’occuper seul. Où se situe le problème à votre avis ? Nous allons voir 3 raisons possibles et des manières d’y remédier.

1 – Votre enfant est perdu parmi ses jouets

Est-ce qu’on se sent “submergé” quand on rentre dans la pièce, assailli, ne sachant pas où poser les yeux ? A-t-on envie de fuir cet encombrement ?

Les jouets sont trop nombreux

Quand on a trop de choix possibles, les choses se compliquent, pour nous comme pour les enfants. Lorsque vous aurez un peu de temps, pourquoi ne pas décider de faire du tri en sa compagnie ?

Astuce : Faire trois tas à :

  1. jeter (tous les jouets cassés, défraîchis et qu’il n’utilise plus, les jeux inutilisables parce qu’il manque des pièces),
  2. donner (jouets en bon état, mais délaissés depuis longtemps, plus de son âge, avec lesquels il n’a jamais joué),
  3. garder (jouets favoris).

Aidez-le à faire ce tri, donnez votre avis, mais n’imposez pas. Ce sont « ses » jouets, c’est à lui d’avoir le dernier mot.

S’il en garde trop, selon vous, vous pourrez proposer une 2e fois l’opération, dans quelques semaines. (On sait, en tant qu’adulte, combien il peut être difficile de faire des choix, de se séparer d’objets qu’on avoue pourtant inutiles… Alors, respectez sa sensibilité, considérez ce tri comme un jeu, duquel l’enfant doit sortir gagnant)
S’il se débarrasse de jouets que vous estimez devoir être gardés, rien ne vous empêche de les mettre de côté, dans un endroit à vous.

Ils sont en vrac

ᐅ Décidez ensemble d’une organisation qui permette à Paul de s’y retrouver.
L’idéal est que les jeux/jouets soient rangés tout en restant facilement accessibles à l’enfant : sur des étagères à sa hauteur, dans des caisses mobiles transparentes (pour qu’on voie ce qu’elles contiennent) ou de couleur et l’on décidera alors que, par exemple, les jouets en bois seront dans la caisse marron, les peluches dans la rose, les poupées dans la bleue,les véhicules dans la verte, les jeux de construction dans la rouge… (si l’enfant est petit, on révisera par la même occasion le nom des couleurs).

ᐅ Fabriquez de grandes étiquettes représentant le contenu de chaque caisse (dessin ou découpage dans un catalogue)

ᐅ Jouez à tout mélanger puis à trier à nouveau pour que l’enfant ait bien compris comment ça marche et puisse ranger lui-même.

L’idéal est que l’enfant dispose d’un espace vide suffisant dans la pièce pour y jouer, s’y déplacer, installer ses constructions…

L’enfant ne sait pas comment utiliser ses jouets

ᐅ Les jeunes enfants ont besoin qu’on leur montre comment jouer, comment utiliser ces objets que sont les jouets.

Dans ma classe de maternelle, les petits ne commençaient à utiliser seuls les « coins-jeux » qu’après qu’un adulte leur aie montré à plusieurs reprises que l’on pouvait par exemple, déshabiller/habiller la poupée, la nourrir, la laver, la bercer et lui chanter une chanson ou faire rouler la voiture sur différents plans, différentes surfaces, faire le plein d’essence ou construire un circuit, produire des sons pour imiter le moteur, le klaxon, etc.

Il n’est pas certain non plus que Paul sache d’emblée élaborer de fabuleuses constructions si un adulte ne l’a pas aidé à explorer toutes les possibilités du jeu en lui offrant d’abord quelques exemples que l’enfant imitera dans un premier temps, dont il s’inspirera dans un second pour enfin réaliser ses propres créations.

2 – Il ne supporte pas d’être seul

Cher parent, cher éducateur, et si le problème ne venait ici encore, que d’un manque de modèle, de référence ?

L’enfant apprend par l’imitation

Peut-être l’enfant observe-t-il que l’adulte fuit la solitude, en s’entourant constamment d’amis ou en tout cas d’autres humains, présents physiquement ou virtuellement, qu’il évite le silence en allumant la télévision dès qu’il rentre par exemple, il peut en déduire inconsciemment que l’absence de bruit ou le fait d’être seul, sont dangereux.

C’est une éponge émotionnelle

S’il perçoit l’angoisse de l’adulte dans une situation donnée, il pourra avoir tendance à exprimer lui aussi cette même angoisse.

ᐅ Si vous prenez conscience de ce que vous demandez à Paul d’avoir un comportement que vous-même n’arrivez pas à adopter (apprécier de rester seul dans le silence), vous pourriez :

  • lui exprimer que vous comprenez la situation
  • décider de goûter le silence ensemble sur de courtes périodes

3 – L’enfant ne sait pas exprimer son besoin

Si toutes les conditions sont requises pour que Paul puisse jouer seul et que pourtant il vient vous tirer par la manche, essayez de lui faire exprimer ce qu’il veut vraiment. Vous rendrez un immense service à l’enfant en l’aidant à discerner son vrai besoin et à l’exprimer.

Posez-lui les bonnes questions

ᐅ Est-il fatigué, aimerait-il s’allonger ? (il est bon que l’enfant dispose dans son espace de jeu, d’un coin repos : quelques coussins ou un petit matelas au sol suffisent).

ᐅ A-t-il besoin de votre présence ? S’il vous l’exprime, vous aurez tout intérêt à répondre à sa demande afin de pouvoir ensuite travailler tranquillement.

Précisez-lui que vous allez jouer ensemble pour une durée donnée (10 min ou 15 min) et utilisez :

  • une horloge (quand la grande aiguille sera sur le 3 (par exemple), je retournerai travailler et tu continueras à jouer seul),
  • une sonnerie (téléphone, réveil, minuteur),
  • un sablier, pour qu’il ait une représentation concrète du temps écoulé.

ᐅ Demandez-lui s’il a bien compris le « deal », s’il peut le reformuler ;

Décidez ensemble du choix du jeu

Jouez, vraiment ! Ne faites pas semblant : l’enfant qui n’est pas dupe sentira si vous n’êtes pas réellement présent. Peut-être devrez-vous vous forcer un peu au début, mais vous y prendrez goût. Vous avez été un enfant vous aussi !

Donnez à l’enfant ce dont il a vraiment besoin : un temps de partage, de complicité, de plaisir, de tendresse, de bonheur… Ce moment n’a pas besoin d’être très long. C’est la qualité qui compte, bien davantage que la quantité !

Vous avez maintenant toutes les chances de profiter de la tranquillité dont vous avez besoin. Quant à Paul, il continue à gagner, jour après jour, en autonomie !

Laisser un commentaire